ENVOLÉS DES PAROIS                     SAMIVEL (dans L’amateur d’abimes)
Envolés des parois, plein de soleil, et c’était un matin d’été !
Vous êtes entrés dans la lumière avec le cri terrible des métamorphoses...
Vous vous êtes envolés des parois, vous autres, mais vos corps disloqués sont retombés au bas des pentes.
Pas morts pour la Foi, ni pour la Science, ni pour l’Art, ni pour aucune majuscule.
Mais morts, simplement morts et puis voilà... sans motif apparent, pour le plaisir, bêtement, comme ils disent..... car ils ne peuvent pas comprendre!
Mais nous, vos camarades, parce que nous avons été malades du même mal, nous savons que vous êtes morts de jeunesse, simplement...
Trop dur le roc et la neige trop brillante et vos coeurs trop croyants;
Les aurores trop vibrantes, vos muscles trop fidèles et le ciel bien trop proche
Et le suc du vide tellement enivrant...
Et les choses tellement hors de toute mesure,
Tellement au paroxysme d’elles-mêmes.... que les raisons de vivre se décolorèrent et s’évanouirent en vous, comme les nuées au lever du jour
Maintenant, les pierres et le gel ont perdu sur vous tout pouvoir,  et le vide lui-même est un mot vide pour vous autres que les pénibles chemins de la glace et du roc ont enfin mené quelque part
Mais nous continuons d’errer dans les labyrinthes de la nuit et d’écorcher nos doigts aux murailles insensibles et de chercher une issue à tatons vers les cimes où règne la paix...
O Dieu, donnez nous en fin l’Aurore.
HEUREUX                Charles PEGUY  dans Éve

Heureux, ceux qui sont morts pour quatre coins de terre
Heureux, ceux qui sont morts d’une mort solennelle
Couchés dessus le sol à la face de Dieu
Heureux, ceux qui sont morts sur un dernier haut lieu
Parmi tout l’appareil des grandes funérailles.
Heureux, ceux qui sont morts dans cet écrasement
Dans l’accomplissement de ce terrestre voeu
Car ce voeu de la terre est le commencement
Et le premier essai d’une fidélité.
Heureux, ceux qui sont morts dans ce couronnement
Et cette obéissance et cette humilité.
Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés.!   

DICHOSOS                                        Charles PEGUY, Éve

Dichosos los que han muerto por un trozo de tierra.
Dichosos los que han muerto de una muerte solemne,
tendidos sobre el suelo, cara a cara con Dios.
Dichosos los que han muerto en un lugar sublime,
rodeados de los fastos de grandes funerales.
Dichosos los que han muerto en este gran derrumbe
Mientras cumplían fieles el voto de la tierra,
porque este juramento es el primer comienzo
y la primera prueba de la fidelidad.
Dichosos los que han muerto en este cumplimiento
con tan grande obediencia, con tan gran humildad.
Dichosa sea la espiga y el trigo cosechado.
VOLANDO DESDE LAS PAREDES   (Samivel, en El enamorado de los abismos)
¡Volando desde paredes lisas, llenas de sol, en una mañana de verano!
Habéis entrado en la luz con el grito terrible de la metamorfosis...
Vosotros habéis volado desde las paredes, pero vuestros cuerpos dislocados cayeron hacia abajo, hasta el pie de la pendiente
No habéis muerto por la Fe, ni por la Ciencia, ni por el Arte, ni por mayúscula alguna.
Muertos, simplemente muertos y ya está.... sin motivo aparente, por puro placer, lo que llaman morir tontamente los que no quieren comprender!
Pero nosotros, vuestros camaradas, como hemos padecido la misma enfermedaad, sabemos que habéis muerto de juventud y eso es todo...
La roca era demasiado dura, la nieve demasiado brillante y vuestros corazones demasiado creyentes
Las auroras eran demasiado vibrantes, vuestros músculos demasiado fieles y el cielo excesivamente cercano...
Y el jugo del vacío emborrachaba de tal manera... Y las cosas eran tan absolutamente desmedidas, en un paroxismo tal de si mismas, que las razones para vivir se decoloraban y desaparecían, como las nubes al amanecer...
Ahora, las piedras y el hielo han perdido todo el poder que tenían sobre vosotros, y el vacío mismo resulta una palabra vacía  para aquellos a los que los penosos caminos del hielo y de la roca han terminado por conducir a alguna parte...
Pero nosotros seguimos errantes por los laberintos de la noche, seguimos hiriéndonos los dedos con paredes insensibles y seguimos buscando a tientas uns salida hacia las cimas donde reina la paz...
¡Oh Dios, danos por fin la Aurora!