A la fin des années 40, les signaux géodésiques « décorèrent » de nombreux sommets des Pyrénées. En 1949, la Grande Fache n’y échappa point. Disgracieux et gênant quand la cime reçoit en même temps plus de cent montagnards, ce trépied massif, installé sur la terrasse devant le monument de la Vierge, impressionna, pour ne pas dire plus, les pèlerins qui débouchèrent au sommet ce lundi 22 août. L’écho des cimes renvoya maintes protestations devant ce manque de tact. Quelques ondes malignes descendirent même la vallée pour aller chatouiller la presse régionale qui s’empara de suite de cette indignation.

En attendant, le « disgracieux engin » fut déplacé « manu militari » et resta à l’écart durant toute la messe dans une posture, il faut bien le dire, quelque peu désinvolte. On lui rendit sa place le plus soigneusement possible au moment du départ. « Ils n’y verront rien »,rassura tout le monde.
« Ils », justement, Vincent Petty les rencontra à l’automne suivant en la personne de l’Inspecteur Général Barrère, vieil ami du Marcadau et fervent pyrénéiste ayant de nombreuses ascensions de la Fache à son actif, accompagné des ingénieurs concernés.

Vincent raconta l’épisode par honnêteté.
              "Nous le savons, coupa Mr Barrère, nous savons même exactement de combien de mètres vous l’avez déplacé, à quel instant précis et à quel moment il fut remis en place".
               "Un mouchard ?" s’enquérra Vincent interloqué !
              "Pas du tout, figurez-vous que ce jour-là, justement, nous étions en train d’effectuer des relevés sur le massif de la Fache. Sur le coup, on vous a maudits, et puis, bon, n’était-ce pas, ce 22 août, le jour du Grand pardon? "






Un certain signal géodésique



Le signal, en fait, n’avait pas été remis en place correctement. Fort heureusement, notre geste n’avait porté préjudice qu’à l’une des visées, celle du Balaïtous. Les conséquences auraient pu être  beaucoup plus graves et contraindre l’I.G.N. à refaire tous les calculs. Reçu avec une extrême courtoisie, l’ami Vincent fut mis ce jour-là en présence de l’important travail que l’I.G.N. effectuait alors dans l’intérêt de tous les Pyrénéistes puisqu’il devait aboutir à la naissance de la nouvelle carte de Pyrénées. Il en conclut combien était alors nécessaire une croissante coordination des divers « services » de montagne afin qu’au lieu de se méconnaître, de s’ignorer ou de s’opposer, les montagnards puissent davantage s’entraider dans un but commun.

L’histoire ne s’arrête pas encore là . Au cours de sa visite au Ministère des Travaux Publics,Vincent apprit encore que, désormais, une servitude de l’Etat est attachée au monument devenu lui-mêle point géodésique national et qui de ce fait se trouve garanti par la loi contre tout sabotage. Les travaux de réfections sont autorisés, mais aucun déplacement des repères visibles ou souterrains n’est autorisé.

L’année suivante, le fameux trépied en bois, devenu inutile fut … pulvérisé par la foudre !


Marc Ado