Les histoires de Jean Marc
Au col de Pouey Laou
Ou comment séduire une jeune fille
J’ai trop de chance cette année ,je suis seul au Plateau du Clot avec trois charmantes amies sous ma tente. Trop de chance, non…..Car si je choisis l’une d’elles, je vais déplaire aux deux autres… Dommage !… Restons sage !
Cela ne nous empêche pas de parcourir nos merveilleuses vallées ; ce matin nous nous sommes décidés pour Pouey Trenous, j’adore ce ravissant vallon à l’écart des sentiers battus. .Après la Pourtère et le grand raidillon, nous traversons le magnifique petit jardin anglais et nous poursuivons vers l’Isardère qui porte bien son nom. Une harde d’isards nous offre un spectacle attendrissant, les faons cabriolent sur les névés, jouent à saute-mouton dans les rhododendrons sous la surveillance des chèvres…. Un vrai régal !
Bientôt arrivés au col, nous découvrons tout le Marcadau sous un angle insolite et décidons une descente par cette vallée. Un grand névé juste au-dessous du col nous invite à la glissade, les isards nous ont montré la technique…Je
Et nous voilà tout à coup enlacés, finissant la descente en un magnifique roulé-boulé presque amoureux !Je vous promets : « Je n’avais rien prémédité »
Arrivant un soir au refuge des Oulettes du Vignemale, nous venons saluer Pierrot, le gardien. C’est l’heure du repas et la ruche bourdonne…La salle commune est archi pleine, et nous aidons pour le service. Les soupières de garbures répandent leurs effluves, puis confit, fromages et dessert. Bientôt les assiettes retournent en cuisines, les tables se vident et le calme du soir emplit la pièce.
Bientôt, il faut penser à la course du lendemain et monter préparer le couchage.
Mais Pierrot me rappelle, un espagnol vient d’arriver par le Col des Mulets, il est blessé au mollet, une pointe de crampon a découpé une belle entaille. Le verdict est immédiat, il faut suturer….
Prévenant, Pierrot m’apporte sa trousse d’urgence ; bandes velpeau, compresses, alcool, désinfectant… Et Oh Miracle , je découvre même un fil à suture serti …
Merveilleux, je vais pouvoir recoudre, tout y est. Oui mais tout compte fait, il n’y a pas le principal !… Il me manque le « porte-aiguille » et la « pince a fil »… Horreur… Et puis non ! J’ai une idée, je demande à Pierrot sa caisse à outils, je la connais, elle est bien garnie et je vais y trouver mon bonheur.
Ostensiblement, j’en extrais pince multiprises, marteau, tenailles, burin.. que je dispose près du mollet espagnol. Le blessé qui commence à verdir paraît de plus en plus dubitatif… Et je finis par lui assurer, tout sourire, que je vais faire vite….
Il n’était vraiment pas rassuré, mais deux minutes plus tard la plaie était fermée…. Et il l’a faite sa Face Nord !
Mon premier : Quel pays organise les Secours en Montagne dans le Cirque de Gavarnie ? et coté espagnol ?
Mon second : Quels étrangers viennent randonner dans les Pyrénées ?
Mon troisième : La Grotte Casteret est–elle en Espagne ?
Mon Quatrième : A quel réseau téléphonique est relié le refuge de Gaulis ? et celui de la Brèche ?
Histoire Vraie : Deux belges dévissent sous la grotte Casteret ( en Espagne) et sont repérés par un couple d’allemands. L’alerte est donnée en anglais au refuge de la brèche (coté français). Les secours arrivent de France mais les belges veulent être déposés au refuge de Gaulis (en Espagne). Le médecin est français et accepte d’abandonner les blessés en Espagne.
Question : Combien de nationalités concernées ?
Réponse : 5
Conclusion : belle entente internationale……(véridique)
Hémorragie au refuge Wallon
Ce soir du 4 août, la veillée autour du feu de camp et la procession vers la chapelle viennent de se terminer sur les recommandations de Vincent pour notre ascension du lendemain. Seuls quelques chanteurs de tras los montes se chauffent encore autour des braises, entonnant les derniers refrains qui s’évanouissent dans la nuit et accompagnent les campeurs vers leurs tentes. Notre petit groupe rejoint aussi ses pénates dans notre coin habituel.
Bientôt, une ombre sort des ténèbres en me cherchant parmi les campeurs : « Vincent te cherche, il y a un malade ! ».
Dans la salle du chalet-refuge, Vincent, sur le ton aussi sérieux et confidentiel qui convient, m’apprend qu’une femme fait une hémorragie, elle se sent très mal, ça doit être grave, elle est au «dortoir des dames» dans le vieux refuge.
Que vais-je pouvoir faire à cette heure et si loin de tout ? Rassurer bien sûr mais guère plus… Et l’hélico ne peut plus monter !
Alors que les ronfleurs ont largement entamé leur concert nocturne, je distingue dans la pénombre un groupe plein d’attentions pour une jeune fille visiblement affolée… Il va me falloir l’examiner ! Précaution de circonstance, les spectateurs sont un peu éloignés.
Le pouls de la jeune fille est satisfaisant, l’interrogatoire ne relève rien de particulier, il n’y a d’ailleurs aucune douleur. A la palpation abdominale… toujours rien ! je demande à la demoiselle de retirer son pyjama…. Toujours rien ! … Ou plus exactement, pas la moindre trace de sang …. Mais, comment dire, une certaine moiteur et une odeur tout à fait caractéristique….. de pipi !
Ouf, je peux rassurer tout le monde, elle est sauvée…. Ce n’était qu’une grande marée, comme disait ma grand-mère.
Mon grand père est un homme discret. Montagnard de longue date, il fréquentait les refuges bien avant l’apparition des foules actuelles. Les refuges en période estivale étaient cependant parfois bondés.
Une nuit, à Baysselance, sa prostate le gêne déjà, il lui faut trouver rapidement une issue pour satisfaire un besoin naturel urgent !Alors que le chemin est compliqué parmi les corps endormis pour atteindre l’échelle, la pleine lune lui indique fort à propos, l’emplacement tout proche de la « meurtrière » ouverte dans le pignon. Vous connaissez sûrement ; c’est bien la voie la plus courte pour rejoindre le grand air. Et deux mètres plus bas, en pleine nature et devant un cirque de Gavarnie magnifique sous la lune, l’endroit idéal….
Il saute… La réception au sol est à la mesure de sa discrétion… Un superbe empilement de tôle ondulée réveille l’écho… et tous les dormeurs du refuge.
Mais ce n’est pas le meilleur… des attardés qui n’avaient pas trouvé de places dans le refuge, dormaient sous leur toit de tôle. Croyant leur dernière heure arrivée, leurs hurlements terribles ont fini de réveiller les sourds…..
Ce matin-là tous les montagnards étaient à l’heure pour la montée au Vignemale. Par ailleurs, ne vous inquiétez pas, on ne déplora aucun blessé parmi les écrasés.
Cet été, je monterai au Marcadau en famille ; le temps des bivouac est terminé et il me faut réserver des couchages au refuge pour nous deux et notre progéniture. Prenant la plume, je confirme au nouveau gardien que nous montons dès le 3 août avec nos enfants. Je lui précise par ailleurs que je suis membre des Amis de la Fache et lui donne certains renseignements sur le déroulement habituel de notre rassemblement…
Le jour dit, en fin d’après-midi, j’atteint le refuge accompagné de Arthur, notre aîné. Comme le veut la coutume, je vais me présenter ; je ne connais pas ce nouveau « patron des lieux » mais je le repère facilement près de la cuisine avec sa liasse de papiers du CAF !
Déclinant mon nom, il me réplique :
- Ah Oui, vous arrivez le premier, vous êtes le fils du président, votre père ne va pas tarder !
- Pas tout à fait, c’est Arthur le fils du président, suis-je obligé de rectifier en montrant mon fils à mes cotés.
- Oh, excusez-moi, je pensais voir arriver un monsieur un peu plus âgé… d’âge respectable… car il paraît que certains pèlerins sont de vieux montagnards ».
Je ne sais lequel de Francis ou de moi fut le plus gêné
Cette nuit-là, il s’est enroulé, comme d’habitude, dans les couvertures….
Oui mais, savez-vous combien il en fallut pour supprimer tous les trous ?
Plus de quinze… Il a eu bien chaud et n’eu pas la visite des souris…seulement peut-être un bataillon de puces !
Ps : cette anecdote date des années 1970, il y a eu de nombreux changements de couverture depuis et même une grande remise à neuf en 1998.
Il fait grand beau temps cet après-midi, mais nous sommes coincés dans les bureaux de la Gendarmerie à Pierrefitte car nous assurons la permanence pour toute la zone de montagne des Hautes Pyrénées.
Bientôt, l’alerte est donnée, un blessé est signalé au-dessus de Campan. Chic , on va pouvoir faire un tour…
Tout le monde s’affaire, le matériel est préparé sur la DZ. Lorsque Ares, le chien d’avalanche, se met à aboyer au chenil, chacun sait qu’il a entendu l’Alouette III (encore distante de vingt kilomètres) et que l’arrivée de la machine est prévue dans moins d’une minute. Dès son poser et dans le souffle du rotor, l’équipe des secouristes rejoint le bord, salue l’équipage et indique la direction à prendre.
Sans avoir le temps de réaliser, nous survolons déjà la vallée, dépassons les fumerolles jaunâtres d’Atochem, laissant les voitures sur la nationales se transformer en minuscules jouets et commençons un « saute-mouton » par-dessus les crêtes familières.
Rapidement, nous sommes « sur zone » et les recherches peuvent commencer. On survole une colonie de vacances sur un grand plateau verdoyant ; bien sûr, tous les gamins gesticulent pour nous saluer et nous répondons…Et les recherches continuent… rien… vraiment rien…nulle part !
En désespoir de cause, le pilote décide de se poser près de la colonie, mais à bonne distance des gamins…. La monitrice s’approche contente mais étonnée :
« - pourquoi tournez-vous depuis 5 minutes puisqu’on vous fait signe ? L e blessé est là-bas ! » crie-t-elle en désignant la prairie un peu plus loin.
Et nous découvrons le directeur de la colonie au bord d’un sentier à 100 m des gamins.
Nous l’avions bien repéré tout à l’heure… mais c’était l’heure de la sieste et il semblait si bien.
Le pauvre homme est livide, indemne de toute blessure mais désespérément accroché des deux mains à une touffe de rhododendrons.« - j’ai peur du vide » est la seule réponse que nous obtenons pour nos questions habituelles.
Avec mille précautions, nous le soulevons et commençons le trajet vers l’Alouette, le soutenant à 2 , puis un seul puis par une main…Bientôt, tout va bien… Et brutalement rien ne va plus, l’homme redevient livide. Il nous ré-explique qu’il a peu du vide et ne veut pas monter dans l’hélicoptère pour descendre au parking.
Heureusement, la monitrice compréhensive nous promet de ramener son directeur à bon port sans s ‘éloigner du sentier.
pars le premier sur les fesses, controlant vitesse et trajectoire avec les talons. Derrière moi, Valérie arrive…. Elle manque encore un peu d’habitude… et n’a pas bien assimilé les manières des cabris…La vitesse l’emporte, elle va me rattraper et il va falloir l’arrêter avant les rochers.
C’est à notre tour, en petit comité de savourer le repas « amélioré » ; un bon madiran pas trop râpeux bien long en bouche vient irriguer les gosiers, le bon magret est accompagné de petites pommes rissolées, puis vient le sorbet cassis pour finir par une p’tite goutte.
Un de mes refuges préférés, intime, habitant un magnifique jardin fleuri, en balcon au-dessus d’une vallée splendide, et de surcroît, loin des grands itinéraires surpeuplés, est cependant un peu vétuste. Vous avez reconnu le refuge Russel au-dessus de la vallée d’Estom ?
L’état général est corrélé à sa faible fréquentation…Les tabourets sont de gros rondins, les rares bancs sont bralants, les tables sur trois pattes, l’âtre un gros trou noir plein de suie, l’échelle du dortoir irrégulière, mais tout ceci ajoute au charme de l’endroit un zeste d’aventure !
Mon grand père, qui pratique la montagne « à la dure » et qui de plus déteste porter l’inutile n’emmène jamais dans son sac le moindre couchage…